Je laissais chauffer ma voiture dix minutes au ralenti chaque matin de gel avant de partir : au garage, on m’a expliqué ce que ces minutes me coûtaient vraiment

Chaque matin de gel, je laissais tourner le moteur dix minutes, mains dans les poches, pare-brise qui se dégivrait tout seul. Je pensais bien faire, jusqu’au jour où le garagiste a posé une question simple.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • Faire chauffer un moteur à l'arrêt est inutile, même par grand froid.
  • Un moteur froid s'use davantage et consomme nettement plus sur les premiers kilomètres.
  • Un arrêt-redémarrage consomme moins que plus de 20 secondes de ralenti.

Le réflexe du gel, ou pourquoi on y croit

Dix minutes moteur tournant, pare-brise embué, mains au chaud dans les poches : le rituel des matins de gel est ancré chez beaucoup d'automobilistes. Il pensait bien faire, ce conducteur qui préserve son moteur en le ménageant avant de partir. Au garage, la réponse tient pourtant en une phrase, et elle reprend les consignes de l'ADEME : il est inutile de faire tourner le moteur au ralenti pour le chauffer, même en hiver.

Inutile, donc, y compris par grand froid.

D'où vient la croyance ? Elle date sans doute d'une époque où les moteurs réclamaient davantage de patience, et les habitudes survivent souvent aux techniques qui les justifiaient. On les transmet de père en fils, sur le même ton d'évidence que la pression des pneus « à l'œil ». Sur ce point, les recommandations officielles ont changé depuis longtemps, mais les réflexes, eux, restent au chaud dans l'allée.

Ce qui se passe vraiment dans un moteur froid

Un moteur ne fonctionne bien que lorsqu'il est chaud, rappelle l'ADEME. À froid, mal lubrifié, il s'use davantage.

Le premier réflexe serait donc de lui laisser le temps de monter en température, à l'arrêt. Mais ce n'est pas ce que recommande l'agence : elle conseille de rouler tout de suite, à vitesse modérée. La nuance est là, et elle change tout, car c'est la façon de rouler qui compte pendant la phase de chauffe, pas l'immobilité.

Les chiffres de la phase froide sont parlants. En ville, la surconsommation peut atteindre 45 % sur le premier kilomètre et 25 % sur le deuxième, quand on ne ménage pas le moteur au démarrage. La pollution grimpe aussi sensiblement, puisque les pots catalytiques ne fonctionnent pas de manière optimale à froid. Voilà pour la période la plus gourmande d'un trajet, celle que les dix minutes de ralenti prétendent adoucir.

Or ces dix minutes ne figurent nulle part dans la méthode de l'ADEME.

Les 20 secondes qui changent le calcul

Arrêter puis redémarrer le moteur consomme moins que le laisser tourner au ralenti plus de 20 secondes. C'est la règle que rappellent l'ADEME et le ministère de l'Intérieur dans leurs conseils d'éco-conduite. Dix minutes de ralenti, c'est 600 secondes, soit 30 fois le seuil.

On associe volontiers cette règle au feu rouge ou au passage à niveau. Elle vaut aussi devant la maison, moteur chaud ou non, pour la simple raison qu'un redémarrage coûte moins cher qu'une attente prolongée.

Faisons un calcul sans prétention, en supposant 30 matins de gel dans l'hiver. À raison de 10 minutes chacun, cela donne 300 minutes, soit 5 heures de moteur tournant sur place. Cinq heures pendant lesquelles la voiture n'avance pas d'un mètre, ne chauffe pas mieux que si l'on roulait, et émet pourtant des gaz d'échappement dans la rue. Le garage, lui, ne facture rien pour ça. C'est le réservoir qui paie, discrètement.

Partir tout de suite, mais en douceur

La consigne officielle tient en deux mouvements : démarrer sans attendre, puis accélérer doucement pendant les 5 premiers kilomètres. L'ADEME précise à vitesse modérée, sans chercher à prendre de la vitesse. Le moteur chauffe en roulant, et c'est précisément ce qu'on lui demande.

L'agence souligne d'ailleurs que c'est encore plus vrai lorsqu'on « pousse » le moteur à froid. Un conducteur qui laisse tourner dix minutes, puis démarre en trombe pour rattraper le temps perdu, cumule les deux défauts. Rouler souplement, sans à-coups, évite la double peine.

Cinq kilomètres, c'est parfois tout le trajet jusqu'à la boulangerie.

Et le confort, alors ?

La question du confort pèse lourd dans cette habitude. Personne n'aime s'asseoir dans un habitacle glacé, et on peut comprendre l'envie de le tiédir avant de s'y installer. Reste qu'un habitacle qui se réchauffe en roulant n'est pas très différent d'un habitacle qui se réchauffe à l'arrêt, sinon par la durée perdue et le carburant brûlé.

Pour un trajet de 3 ou 4 kilomètres, le cas est particulièrement parlant. Le moteur n'a pas le temps de sortir de sa phase froide, celle où la surconsommation en ville atteint 45 % puis 25 % sur les deux premiers kilomètres. Ajouter 10 minutes de ralenti avant le départ revient à brûler du carburant sans entamer ce handicap. Les courts trajets matinaux, nombreux chez les retraités actifs, sont donc ceux qui profitent le plus d'un départ immédiat.

Le temps de gratter les vitres, de ranger le cabas et de boucler sa ceinture, la voiture n'a pas besoin de tourner. Quelques minutes, moteur coupé, suffisent pour préparer le départ.

Ce que vous pouvez changer dès demain matin

Le geste est simple : monter, démarrer, attacher sa ceinture, partir. Pas de rituel, pas de minuteur. On garde les 5 premiers kilomètres pour rouler en souplesse, en évitant de monter dans les tours.

Si votre voiture affiche une consommation instantanée, regardez-la ces matins-là. Les équipements de ce type font partie des outils que les services de l'État recommandent pour mieux maîtriser sa consommation, et ils rendent visible ce qu'on ne sent pas au volant. Comparer un départ en douceur à un départ nerveux, sur le même parcours, vaut toutes les démonstrations. Quelques matins suffisent pour se faire une idée.

L'ADEME rappelle aussi qu'éviter de pousser le régime du moteur peut faire économiser jusqu'à 20 % de carburant. Passez les vitesses sans attendre, levez le pied plus tôt.

Les 45 % du premier kilomètre sont un maximum constaté en ville, pas une constante : l'ADEME écrit « peut atteindre », et le chiffre dépend du trajet, de la température et du style de conduite. Mais la logique, elle, ne varie pas, car un moteur froid qui tourne à l'arrêt reste froid, et c'est en roulant doucement que l'on passe le plus vite cette phase.

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