Cette mini-série historique dont tout le monde parle bouleverse par son audace et risque bien de vous marquer durablement

Il est rare qu’une fiction historique fasse autant parler d’elle. Etty, la mini-série signée Hagai Levi et disponible sur Arte depuis le printemps, continue d’être saluée par la presse culturelle. Adaptée des journaux intimes d’Etty Hillesum, jeune intellectuelle juive néerlandaise morte à Auschwitz en 1943, l’œuvre en six épisodes n’a rien d’une reconstitution classique.

Le cinéaste israélien, déjà connu pour BeTipul, The Affair ou Our Boys, choisit un parti pris radical : transposer le récit dans un Amsterdam contemporain, tout en maintenant l’occupation nazie comme cadre historique. Un geste artistique qui fascine, et qui mérite qu’on y revienne.

Par Lilian B

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Etty, l'adaptation choc d'Hagai Levi qui transpose l'Holocauste dans un Amsterdam d'aujourd'hui

L'idée pourrait sembler casse-gueule sur le papier. Filmer la Shoah dans un décor moderne, avec des rues d'aujourd'hui, voilà qui a de quoi crisper les puristes. Pourtant, Hagai Levi ne bascule jamais dans le gadget. Son anachronisme assumé vise un objectif précis : abolir la distance confortable que le noir et blanc, les uniformes d'époque et les décors reconstitués installent presque malgré eux entre le spectateur et l'Histoire. En posant Etty Hillesum, étudiante en droit de 27 ans, dans une ville qui ressemble à la nôtre, la série nous force à regarder ce qu'on préférerait souvent tenir à distance.

Le récit suit cette jeune femme habitée par un profond mal-être existentiel, sa rencontre avec Julius Spier, thérapeute allemand formé auprès de Jung, et la relation passionnée qui va bouleverser sa vie intérieure. C'est lui qui la pousse à écrire. C'est de là que naît le journal, et c'est cette métamorphose spirituelle que Levi tente de capter, pendant que les persécutions antisémites se durcissent autour d'elle.

Une expérience formelle bouleversante saluée par toute la critique

Présentée en avant-première hors compétition à la Mostra de Venise 2025, la série est arrivée en France avec une réputation déjà solide. Fait rare pour une production télévisuelle, elle a même bénéficié d'une sortie en salles au printemps, avant sa diffusion sur Arte. Un traitement d'ordinaire réservé au cinéma d'auteur, qui en dit long sur la manière dont Arte et Dulac Distribution envisagent l'objet : moins comme un contenu à consommer que comme une œuvre à éprouver.

La presse a suivi. Télérama a parlé d'une brillante adaptation et d'une expérience formelle et existentielle bouleversante. La Croix a évoqué une poignante minisérie montrant comment le poison du fascisme s'insinue sournoisement. Le rythme, volontairement lent, l'âpreté de la mise en scène qui suggère plus qu'elle ne montre, la sobriété visuelle : tout concourt à ce sentiment de déstabilisation qui a marqué les critiques. On pense parfois à la retenue d'un cinéma européen exigeant, celui qui préfère le hors-champ à la démonstration.

Julia Windischbauer, remarquable dans le rôle-titre, porte le film sur ses épaules avec une intensité tranquille. Face à elle, Sebastian Koch (inoubliable dans La Vie des autres) incarne Spier avec une gravité qui évite tout pathos. À leurs côtés, Leopold Witte et Gijs Naber complètent une distribution habitée. La musique, signée notamment Volker Bertelmann, achève d'installer cette atmosphère de veille inquiète.

Etty
Source: DR

Etty
Source: DR

Où et quand voir les six épisodes portés par Julia Windischbauer

Bonne nouvelle pour celles et ceux qui auraient manqué le rendez-vous printanier : les six épisodes d'Etty restent disponibles gratuitement sur arte.tv jusqu'au 12 novembre 2026. Soit environ 327 minutes d'une expérience qu'il vaut mieux, à mon sens, aborder à tête reposée, sur plusieurs soirées, plutôt qu'engloutir d'une traite. La série demande de l'attention, du silence, une certaine disponibilité intérieure.

Difficile de ne pas y voir un écho aux inquiétudes contemporaines. Le thème central (alerter au présent sur le danger d'une bascule fasciste) trouve dans le choix esthétique de Levi sa justification la plus forte. Ce n'est pas un devoir de mémoire figé, c'est une prise de parole d'aujourd'hui, sur aujourd'hui, à travers hier.

À l'heure où les plateformes rivalisent de fictions calibrées et parfois interchangeables, Etty rappelle qu'une série peut encore être un geste d'auteur, une proposition de forme, un ébranlement. Faut-il en avoir peur ou s'en réjouir ? La réponse tient sans doute dans la manière dont on accepte, ou non, d'être déplacé par ce qu'on regarde.

Mes deux passions n'ont pas grand-chose en commun, mais tant pis, c'est ainsi : l'horlogerie d'un côté, les séries TV de l'autre. Je vous parle des deux ici, en essayant de rendre ces thématiques accessibles au plus grand nombre !

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