Pourquoi un veuf qui se remarie garde une partie de sa réversion et perd l’autre définitivement ?

Un veuf qui se remarie perd instantanément sa pension de réversion Agirc-Arrco, sans possibilité de retour. Mais s’il touchait une réversion du régime général, celle-ci survit au remariage : seule la condition de ressources change. Deux règles, deux mondes différents.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png
Par L'équipe JDS

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Un veuf qui se remarie perd instantanément sa pension de réversion Agirc-Arrco, sans aucune possibilité de retour en arrière. Mais s'il touchait une réversion du régime général, celle-ci survit à son remariage, seule la condition de ressources change de base de calcul. Deux règles, deux philosophies, et un piège fréquent pour qui ne déclare pas sa nouvelle situation.

À retenir

  • Agirc-Arrco : le remariage supprime la réversion définitivement, même après un divorce
  • Régime général : la réversion continue mais le plafond de ressources du couple s'élargit
  • Fonction publique : le simple concubinage suffit à couper la pension, contrairement à l'Agirc-Arrco

Agirc-Arrco : un couperet sans appel

La réversion Agirc-Arrco vaut 60% des points du défunt, mais un remariage la supprime définitivement, même si vous divorcez ensuite. Cette règle s'applique que la pension soit déjà versée ou non encore demandée.

Si le remariage a lieu avant la demande, le droit ne s'ouvre même pas ; s'il survient après, les versements s'arrêtent net. Et le retour en arrière n'existe pas : même si ce nouveau mariage se termine, la réversion ne revient pas, divorce, nouveau veuvage ou séparation n'y changent rien.

En revanche, tout n'est pas logé à la même enseigne. Un Pacs ou un concubinage ne supprime pas la réversion Agirc-Arrco : on peut vivre avec quelqu'un, officialiser via un Pacs, et continuer à percevoir la pension. Seul le mariage civil déclenche la sanction.

Fonction publique : la même sévérité, un périmètre plus large

Le code des pensions civiles et militaires ne se contente pas de viser le remariage. L'article L46 dispose que le conjoint survivant ou le conjoint divorcé qui contracte un nouveau mariage ou vit en état de concubinage notoire perd son droit à pension.

Concrètement, un simple concubinage suffit à couper les versements, alors qu'à l'Agirc-Arrco seul le mariage compte. Le versement de la pension de réversion d'un fonctionnaire est interrompu en cas de remariage, de Pacs ou de concubinage, et ces règles sont identiques dans les trois versants de la fonction publique.

Une note parlementaire résume bien la logique d'ensemble : la condition de non-remariage demeure dans les régimes complémentaires Arrco et Agirc, ainsi que dans des régimes spéciaux, où le remariage fait perdre la pension de réversion. Ces régimes forment un bloc à part, bien plus strict que le régime général.

Cnav et Carsat : la réversion qui s'adapte, ne disparaît pas

Le régime de base fonctionne à l'inverse. Un tel dispositif n'existe pas dans le code de la sécurité sociale : les conjoints d'agents du secteur privé peuvent continuer à percevoir une pension de réversion même en cas de remariage ou de concubinage notoire.

Ce qui compte ici, c'est le porte-monnaie du nouveau ménage, pas l'état civil. Le conjoint survivant doit respecter des plafonds de ressources : au-delà d'un certain montant de revenus du couple, la pension de réversion du régime général n'est pas versée.

Les seuils sont réévalués chaque année. Pour 2026, le plafond de revenus pour la pension de réversion de base est fixé à 25 001,60 euros pour les conjoints survivants célibataires et à 40 002,56 euros pour ceux en couple. Se remarier fait donc basculer le veuf sur le plafond couple, plus large, mais les ressources du nouveau conjoint entrent désormais dans le calcul.

Pourquoi cette différence entre régimes

La logique n'est pas la même selon qu'on regarde une prestation contributive ou une aide sous condition de ressources. L'écrêtement du régime de base répond à une logique d'équité verticale : la réversion du régime de base ne constitue pas un droit patrimonial, mais un outil de protection sociale ciblée.

À l'Agirc-Arrco, le raisonnement est purement matrimonial. La caisse ne demande aucune déclaration de ressources : vos revenus et votre patrimoine n'ont aucun impact sur le montant de votre pension, le critère d'attribution étant strictement matrimonial. Pas de contrôle de fortune, mais une sanction automatique et sans nuance au moindre remariage.

Le piège du remariage ou du Pacs non déclaré

Beaucoup de veufs pensent, à tort, que la caisse finira par l'apprendre d'elle-même. La Carsat peut procéder à des contrôles et demander des justificatifs, parfois à intervalles réguliers ; si un droit a été versé à tort, elle peut réclamer une récupération d'indu, d'où l'intérêt de déclarer clairement et de conserver ses pièces.

La jurisprudence récente confirme la sévérité de ces contrôles. Une affaire jugée par la Cour d'appel de Toulouse le 5 février 2026 a porté sur la révision d'une pension de réversion par la Carsat après cristallisation, entre déclaration incomplète du bénéficiaire et remariage, accompagnée d'une demande de répétition d'indu. Le trop-perçu peut ainsi remonter sur plusieurs années avant d'être réclamé.

Le délai de prescription reste toutefois limité dans le temps. Le délai de prescription de l'action en recouvrement est fixé à deux ans à partir de la dernière mensualité payée, sauf fraude. Passé ce délai, la caisse ne peut plus, en principe, remonter plus loin.

Contester : la commission de recours amiable, pas plus de deux mois

Face à une notification d'indu, le réflexe du coup de fil au conseiller ne suffit pas. L'assuré peut saisir la Commission de recours amiable dans les deux mois qui suivent la réception de la notification de l'indu ou de la mise en demeure, et solliciter une remise de dette.

Ce délai est strict et ne se négocie pas. L'assuré dispose d'un délai très strict, fixé à deux mois, pour envoyer un recours amiable après notification ; passé ce cap, la décision devient définitive. La procédure a aussi un effet suspensif immédiat, ce qui gèle le recouvrement le temps de l'instruction.

La saisine de la commission suspend la procédure jusqu'à sa décision, et celle-ci peut accorder une remise totale ou partielle de la dette, ou fixer un échelonnement du remboursement. C'est souvent la seule marge de manœuvre réelle quand l'erreur vient d'une déclaration mal remplie plutôt que d'une véritable omission volontaire.

Un dernier détail mérite d'être connu avant de dire "oui" à la mairie : dans la fonction publique, le concubinage suffit à couper la pension, alors qu'à l'Agirc-Arrco il n'a strictement aucun effet. Deux vies affectives équivalentes, deux traitements radicalement différents selon la carrière du conjoint décédé.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png

Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

Aucun commentaire à «Pourquoi un veuf qui se remarie garde une partie de sa réversion et perd l’autre définitivement ?»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires