Les bornes Euronet, omniprésentes dans les aéroports et zones touristiques européennes, cachent des frais exorbitants pouvant atteindre 12 % du montant retiré. Entre commissions fixes, conversion dynamique et taux de change majorés, ces machines apparemment pratiques coûtent bien plus cher que prévu. Découvrez comment vous protéger.
« Je pensais que c’était un distributeur normal » : pourquoi retirer de l’argent à ces bornes orange à l’étranger vous coûte jusqu’à 12 % de plus

Ces bornes orange, vous les avez croisées à Barcelone, à Prague, à Amsterdam ou dans le hall d'arrivée d'un aéroport grec. Façade familière, interface en plusieurs langues, logo sobre : tout ressemble à un distributeur comme les autres. Souvent placées dans des endroits très fréquentés, aéroports et grandes artères commerçantes, les bornes Euronet attirent les voyageurs en quête de liquidités rapides. Mais leur commodité a un prix qui peut surprendre. Retirer 200 euros sur l'une de ces machines peut vous coûter jusqu'à 25 euros de frais en tout. Soit 12 % du montant retiré, partis sans que vous ayez vraiment compris ce qui s'était passé.
À retenir
- Un retrait de 200 euros peut vous coûter jusqu'à 25 euros de frais sur une borne Euronet
- La conversion dynamique (DCC) ajoute 10 à 13 % de surcoût sans que vous le remarquiez
- Refuser la conversion en euros au distributeur peut vous économiser plusieurs dizaines d'euros par voyage
Qui est vraiment Euronet ?
Euronet Worldwide est une société américaine spécialisée dans les services de paiement électronique. Elle opère le plus grand réseau de distributeurs automatiques indépendants en Europe et possède près de 46 000 DAB dans le monde. Son réseau couvre désormais 32 pays européens. Ce n'est donc pas un acteur marginal : c'est une infrastructure financière de premier plan, cotée au NASDAQ, dont le modèle repose précisément sur l'ubiquité et la praticité perçue de ses machines.
Le détail qui change tout : Euronet n'est pas une banque. Les frais lors d'un retrait à l'étranger dépendent à la fois de la banque émettrice de la carte et de l'établissement propriétaire du distributeur. Deux couches de frais peuvent donc se superposer. Même avec une carte sans frais de retrait à l'étranger, il reste impossible d'échapper aux commissions pratiquées par l'opérateur du distributeur lui-même. C'est exactement là que le bât blesse avec Euronet.
La société a été régulièrement critiquée pour avoir installé ses distributeurs presque exclusivement dans des zones touristiques, en ciblant particulièrement les pays hors zone euro, où les marges sur les taux de change sont plus élevées. Beaucoup de ces appareils sont placés près de monuments historiques et de lieux emblématiques, là où ils sont les plus visibles et attirent le plus de clients. Prague en a fait la douloureuse expérience : la ville a dénoncé l'installation illégale de plusieurs centaines de DAB Euronet dans des façades de bâtiments historiques, causant dans certains cas des dommages irréversibles, dont la destruction partielle d'un kiosque cubiste classé par l'UNESCO.
Le mécanisme des frais : une double peine
Pour chaque retrait, une commission fixe de 1,95 à 4,99 euros est d'abord prélevée. Si vous retirez dans une devise étrangère, la conversion dynamique peut ajouter un surcoût de 10 à 13 % du montant total. Ce second mécanisme s'appelle la DCC, pour Dynamic Currency Conversion.
Euronet utilise ce procédé de conversion dynamique, qui propose au client d'être débité dans sa devise d'origine plutôt qu'en monnaie locale. Si vous voyagez en Espagne avec une carte émise en France, la machine vous demande si vous souhaitez être débité en euros plutôt qu'en couronnes, zlotys ou forints. En acceptant, parce que c'est l'option qui rassure, vous acceptez simultanément un taux de change bien moins favorable que celui qu'appliquerait votre propre banque.
La DCC ajoute une couche de frais supplémentaires : l'opérateur applique un taux majoré dont la marge se situe le plus souvent entre 3 et 8 %. Ce surcoût ne remplace pas les frais éventuels de votre carte, il s'y ajoute. Sur 300 euros de dépenses, une majoration de 5 % représente déjà 15 euros, et ce surcoût n'apparaît pas comme une ligne de commission distincte : il est fondu dans le montant final. vous ne le voyez pas, mais il est bien là.
La réalité des témoignages est éloquente. Un utilisateur rapporte sur Trustpilot avoir retiré 600 euros, pour se voir débiter 626,75 francs suisses, bien au-dessus du taux de change attendu, sans indication claire au moment de l'opération. Un autre cas, signalé sur TripAdvisor en août 2025, concernait un retrait de 50 euros dans un DAB Euronet à Collioure : le compte a été débité de 55,95 euros, soit 5,95 euros de frais qui n'étaient pas affichés sur l'écran ni sur le reçu avant validation. Ces situations ont conduit certains utilisateurs à saisir la DGCCRF et la Banque de France.
Euronet, de son côté, se défend régulièrement en affirmant que ses frais sont nécessaires pour couvrir les coûts d'exploitation des distributeurs et la commodité qu'ils offrent. La société affirme afficher tous ses frais de manière transparente, et soutient que le client a la possibilité de refuser la conversion ou d'annuler la transaction à tout moment sans frais. La réglementation européenne leur impose d'afficher l'écart par rapport au taux de la BCE. Mais la façon dont ces informations sont présentées à l'écran, souvent en petits caractères ou dans un anglais rapide, laisse beaucoup de voyageurs passer à côté.
Ce qu'il faut faire concrètement
Le réflexe à adopter tient en quelques secondes devant l'écran. La règle tient en une phrase : choisissez systématiquement la monnaie du pays où vous vous trouvez. Refuser la conversion en euros n'a aucune conséquence sur votre achat, qui passe normalement ; cela laisse simplement votre banque gérer le change, presque toujours à de meilleures conditions. En pratique, il faut chercher l'option "Retrait en monnaie locale" ou "Withdraw in local currency" et l'appuyer sans hésiter.
Mieux encore : au distributeur, si l'écran propose de débiter en euros, déclinez et choisissez le retrait en monnaie locale, puis privilégiez un automate rattaché à une banque plutôt qu'une borne indépendante. Les enseignes bancaires locales (BNP Paribas, Santander, ING selon les pays) appliquent les tarifs négociés avec votre propre établissement, souvent bien moins élevés.
Les néobanques comme N26 ou Revolut, ou les banques en ligne comme Fortuneo ou Boursobank, proposent des cartes avec des frais réduits à l'étranger. À l'inverse, les banques traditionnelles appliquent généralement des frais de retrait à l'étranger entre 2 % et 2,90 %, auxquels s'ajoutent de 2,20 à 6 euros par retrait hors zone euro. Si vous voyagez régulièrement, il est préférable de retirer une somme plus importante en une seule fois pour ne payer les frais fixes qu'une seule fois.
Un dernier point à garder en tête, moins connu : ces frais exorbitants ne s'appliquent qu'à l'étranger. En France, effectuer un retrait sur un DAB Euronet, Loomis ou Brink's ne coûte pas aussi cher. Lorsqu'un client effectue un retrait dans un distributeur n'appartenant pas à sa banque, celle-ci considère ce retrait comme "déplacé" et peut facturer une commission, généralement à partir du quatrième retrait mensuel hors réseau. En voyage, en revanche, chaque opération sur une borne indépendante comme Euronet active immédiatement les frais les plus élevés, sans quota ni tolérance. C'est précisément cette asymétrie que beaucoup de voyageurs ignorent jusqu'à ce qu'ils rentrent et consultent leur relevé.
Sources : moneyvox.fr | moneyvox.fr