Mont Fuji : la mesure anti-foule qui devait être temporaire devient la nouvelle règle au Japon

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Par Oceane B

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Au Japon, une simple composition photographique a fini par coûter cher à la sérénité d’une petite bourgade sans histoire. À Fujikawaguchiko, le décor possédait les attributs de la carte postale post-moderne : la silhouette sacrée du mont Fuji en arrière-plan, l’enseigne bleutée d’une supérette Lawson au premier plan, et des nuées de voyageurs venus des quatre coins du globe pour capturer ce contraste saisissant. Devenue virale sur les réseaux sociaux, cette perspective fortuite a transformé un carrefour ordinaire en un point de friction quotidien, forçant les autorités à une décision spectaculaire.

La bataille du trottoir : l'épreuve du surtourisme

L'installation initiale d'un immense filet noir occultant de deux mètres cinquante de haut, au printemps 2024, se voulait un geste de légitime défense urbaine. Cette mesure radicale répondait à une exaspération locale devenue intenable : encombrement des voies, traversées sauvages au mépris du danger, accumulation de déchets et intrusions sur les propriétés privées. Le lieu, sanctifié par les algorithmes d’Instagram et de TikTok, n’avait jamais été configuré pour absorber une telle densité humaine. Face au flux ininterrompu d’objectifs braqués sur le commerce de quartier, la municipalité a choisi de masquer le paysage pour briser le sortilège numérique.

Du choc visuel au compromis architectural

L'histoire a cependant évolué, révélant la complexité de gérer une telle affluence. Si le premier rideau noir a été temporairement retiré pour des raisons de sécurité météorologique, la municipalité n'a pas capitulé. Elle a affiné sa stratégie en remplaçant la bâche d'origine par des barrières physiques plus basses, d’une teinte marron plus intégrée à l'environnement.

Le but n’est plus d’effacer totalement la montagne mythique de l'horizon, mais d’empêcher physiquement les comportements à risque. Désormais, des agents de sécurité encadrent le site, canalisant des touristes contraints de faire patiemment la queue sur le trottoir. La chaîne Lawson, quant à elle, a dû réorganiser ses abords pour préserver l'accès de ses clients réguliers et la quiétude de ses employés, otages involontaires de cette célébrité soudaine.

Leçon japonaise pour un monde saturé

Ce bras de fer illustre un changement de paradigme global. Le message envoyé par l'archipel est limpide : le patrimoine nippon se contemple, mais il ne s'impose plus au détriment de l'ordre public. Rester sur les espaces piétons, respecter le travail des commerçants et bannir les incivilités font désormais partie du pacte de voyage.

Cette reprise en main s’inscrit dans un mouvement de fond qui traverse le Japon, de la fermeture de certaines venelles de Kyoto aux taxes d'accès imposées sur les sentiers du Fuji lui-même. À l'instar de Venise, de Barcelone ou de Bali, les paysages les plus iconiques de la planète dressent désormais des garde-fous pour survivre à leur propre succès.

À Fujikawaguchiko, les barrières ne ferment pas la porte aux voyageurs ; elles rappellent simplement qu'une image numérique ne saurait prévaloir sur la vie d'un quartier. Le mont Fuji demeure immuable, mais son accès exige une vertu que le tourisme instantané avait un peu oubliée : la déférence.

Oceane V2

Grande voyageuse avant tout, j’ai posé ma valise dans de nombreux pays. C’est donc tout naturellement que je suis devenue rédactrice voyage, pour partager cette passion et raconter tout ce que je vis.

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