Notre Airbnb à Lisbonne a doublé de prix cette année : on a roulé vers le nord et trouvé ce qu’on ne cherchait pas

Confrontés au doublement du prix de leur location à Lisbonne, les auteurs décident de partir vers le nord du Portugal sans destination. C’est ainsi qu’ils découvrent Afurada, un village de pêcheurs authentique où le poisson frais coûte 7 euros face à l’océan. Un voyage qui interroge la relation entre tourisme de masse et authenticité.

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Par L'équipe JDS

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Le même appartement. La même rue pavée d'Alfama, la même lumière du printemps sur le Tage, la même boulangerie en bas. Cette année, le prix avait doublé. Pas augmenté de 15 %, pas ajusté pour l'inflation. Doublé. Ce n'est ni une anecdote ni une exagération : c'est la réalité d'un marché locatif touristique sous pression extrême.

La décision s'est prise en cinq minutes : on prend la voiture et on monte vers le nord, sans liste de restaurants étoilés, sans appartement présélectionné, sans plan. C'est ainsi qu'on a fini par trouver ce qu'on ne cherchait absolument pas.

À retenir

  • Un loyer qui double : comment Lisbonne est devenue prisonnière de son succès touristique
  • La route sans GPS qui mène aux endroits qu'aucun algorithme ne vous recommande
  • Pourquoi les villages oubliés du nord résistent mieux au tourisme de masse

Lisbonne, capitale du trop-plein

Pour comprendre le doublement de ce loyer printanier, il faut regarder les chiffres en face. Le Portugal a établi de nouveaux records touristiques en 2024, avec 31,6 millions de visiteurs et 80,3 millions de nuitées. Lisbonne capte une part disproportionnée de ce flux : la capitale a enregistré environ 8,5 millions de visiteurs en 2024, en hausse par rapport à 2023. Quand la demande monte ainsi, les propriétaires arbitrent sans état d'âme.

La mécanique est bien connue des Lisboètes. Avec la montée en flèche du tourisme, des dizaines de milliers d'appartements ont été transformés en locations touristiques, au détriment des locataires locaux. Depuis 2019, certains quartiers centraux comme la Baixa, Alfama et Mouraria sont classés en zones de restriction, rendant les nouvelles licences quasi impossibles à obtenir. Le paradoxe est cruel : les logements déjà licenciés, rares et convoités, voient leurs tarifs s'envoler précisément parce que l'offre est verrouillée. Cette surfréquentation entraîne une hausse des loyers, une pression sur les résidents et une augmentation du coût de la vie.

À Barcelone, Lisbonne, Naples ou aux Canaries, le tourisme de masse remodèle les espaces urbains, souvent au détriment des communautés locales. Ce n'est donc pas un problème lisboète isolé. Mais le constat, face à une facture qui double, reste personnel et concret. Il fallait trouver autre chose.

La route vers le nord, sans GPS de l'âme

Prendre la voiture sans destination fixée, c'est un luxe que les 55-75 ans actifs savent s'offrir mieux que quiconque, à condition d'accepter l'inconfort de l'incertitude les trois premières heures. On remonte la côte atlantique. Les autoroutes cèdent peu à peu la place aux nationales, les stations-service aux épiceries à l'enseigne délavée, les hôtels de chaîne aux petites pensions avec de vrais carreaux d'azulejos sur les murs.

Le Portugal du nord joue dans une catégorie différente. Si le Portugal est souvent associé à ses villes emblématiques comme Lisbonne ou Porto, sa richesse naturelle reste méconnue du grand nombre de visiteurs. Des montagnes du nord aux plages sauvages, le pays offre une diversité de paysages naturels exceptionnelle. Ce que les statistiques confirment sans détour : le nord du Portugal séduit moins les touristes étrangers, avec une baisse de 4,2 % des nuitées. Traduit librement : moins de monde, moins de pression sur les prix, et des habitants qui regardent encore les voyageurs avec une curiosité sincère plutôt qu'une lassitude professionnelle.

C'est à l'embouchure du Douro, à quelques minutes de Porto, qu'on a trouvé ce qu'on ne cherchait pas.

Afurada : le village où le temps s'écoule à l'odeur des sardines grillées

Afurada, sur la rive de Vila Nova de Gaia, n'est pas un secret bien gardé. C'est un petit village de pêcheurs authentique et plein de charme, avec ses ruelles étroites, ses maisons colorées recouvertes d'azulejos, et son atmosphère simple et conviviale. Ce qui est surprenant, c'est que la machine à touristes ne l'ait pas encore digéré.

Le long du petit port, plusieurs restaurants installent des barbecues à même la rue, où l'on fait griller sardines, dorades et poulpes sous vos yeux. Les locaux viennent y chercher leurs grillades à emporter ou s'attablent pour savourer un plat de poisson frais, accompagné d'un verre de vinho verde. Le repas du jour, poisson pêché la nuit précédente, servi avec du pain et une carafe : 7 euros, face à l'Atlantique. Pas 7 euros avec vue sur cour intérieure. Face à l'océan.

Le village possède même un centre d'interprétation du patrimoine dédié à la pêche. Situé dans l'ancien quartier des pêcheurs, cet espace a été conçu pour revaloriser les traditions et métiers tournés vers l'océan. À travers des expositions liées aux traditions du village, il permet aux visiteurs de connaître la vie quotidienne et les traits culturels de cette communauté. L'entrée est libre. On n'avait pas prévu d'y passer quarante-cinq minutes. On en est ressorti deux heures plus tard.

Depuis Afurada, les vues sur Porto sont saisissantes, avec ses maisons couvertes de carreaux de faïence, ses restaurants à poissons accessibles et son âme populaire intacte. Le jour de marché, le samedi matin, les poissons sont vendus aussitôt sortis des filets. C'est le genre de détail qui ne s'invente pas dans un guide touristique.

Ce que cette déroute enseigne sur la façon de voyager

Revenons à ce doublement de loyer, parce qu'il mérite une conclusion plus nuancée qu'une simple indignation. Pour la première fois depuis trois ans, les touristes portugais ont représenté une part significative de l'activité estivale dans l'hébergement touristique. Entre juillet et septembre 2025, la part des étrangers dans les nuitées est tombée à 67,8 %, son plus bas niveau depuis 2022. Un léger signe que quelque chose se rééquilibre, lentement, sous la pression combinée des prix et d'une prise de conscience collective.

Le Portugal du nord attire davantage les Espagnols que les Français, les amateurs de vinho verde que les instagrammeurs d'azulejos. C'est un pays magnifique avec de beaux villages côtiers à explorer. Des villages de pêcheurs, des ports pittoresques, des hameaux flanqués d'une nature sauvage avec des criques enchantées, le pays offre un mélange unique de charme et d'authenticité. La côte entre Porto et la frontière espagnole, avec Caminha et son estuaire du Minho, ou les plages à vent d'Apúlia où on parcourt sept kilomètres de promenades en bois et où l'on trouve des pêcheurs dans leurs bateaux colorés, préparant leurs outils ou réparant leurs filets, reste d'un abord frugal et généreux à la fois.

La leçon n'est pas de fuir Lisbonne définitivement. La leçon, c'est que la déception budgétaire peut fonctionner comme un GPS inversé : elle vous envoie là où vous n'aviez pas prévu d'aller, et c'est parfois là que le voyage commence vraiment. Les voyageurs qui ont découvert Afurada au lieu d'Alfama cette année ont mangé du poisson frais à 7 euros, dormi dans une pension où la propriétaire leur a expliqué comment prononcer correctement "obrigado", et sont repartis avec l'impression d'avoir vu un Portugal que la plupart des guides ne connaissent pas encore. C'est précisément cela qui résiste au tourisme de masse : les endroits que personne ne cherche parce qu'ils n'ont pas encore de hashtag.

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