À seulement 30 minutes de ferry de Corfou, la riviera albanaise offre les mêmes eaux turquoise de la mer Ionienne mais à des tarifs révolutionnaires. Saranda, Ksamil et Himara séduisent les voyageurs en quête de beauté méditerranéenne sans les prix exorbitants des îles grecques saturées.
« On rêvait des Ioniennes sans les prix grecs » : cette côte à 30 minutes de ferry de Corfou qui rend accro

Trente minutes de bateau, et l'addition change du tout au tout. Depuis le port de Corfou, une poignée d'opérateurs relient chaque jour la petite ville de Saranda, sur la côte albanaise, avec des traversées qui démarrent autour de 10 euros et durent aussi peu que 25 minutes. On embarque en Grèce, on débarque en Albanie, et on découvre une mer Ionienne strictement identique à celle de Corfou ou de Paxos, mais des tarifs qui n'ont plus rien à voir avec ceux des îles grecques saturées de touristes.
Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'accélère. Les eaux de la riviera albanaise et celles des îles grecques tirent leur lumière de la même mer Ionienne, et depuis Palasë ou Dhërmi, l'horizon visible depuis la côte nord-est de Corfou reste à portée de vue, à une trentaine de kilomètres de large. Même calcaire, même turquoise, même arrière-plan de montagnes plongeant dans la mer. Ce qui diffère, c'est tout ce que quatre décennies d'histoires différentes ont construit sur ce même décor.
À retenir
- Pourquoi Corfou facture 30 euros ce que l'Albanie vend 12 euros, à quelques kilomètres de distance
- Le tunnel de Llogara a transformé l'accessibilité d'une côte qui change les équations du voyage en Méditerranée
- Des hausses de 30 à 50% depuis 2023 : combien de temps avant que la riviera albanaise ne devienne aussi chère que la Grèce
Une porte d'entrée qui se joue en une journée
Saranda fait office de sas entre les deux mondes. C'est un resort avec une baie en fer à cheval, des hôtels et appartements pour tous les budgets, et d'excellentes connexions pour continuer le voyage. De là, deux options s'offrent au voyageur pressé qui n'a que quelques heures devant lui : filer vers Ksamil, le plus beau petit resort de la riviera albanaise avec ses plages de sable et ses îlots au large, à seulement 16 kilomètres au sud, ou pousser jusqu'au site antique de Butrint, classé à l'UNESCO, à 22 kilomètres, pour une demi-journée d'excursion.
Pour ceux qui veulent voir plus large, la route qui remonte vers le nord mérite le détour. La route côtière de Saranda à Himara compte parmi les plus belles d'Albanie, serpentant entre les montagnes avec l'Ionienne en contrebas, et Himara conserve une vieille ville au-dessus de la station balnéaire, avec des criques rocheuses et une ambiance nettement moins commerciale. Louer une voiture reste la meilleure façon d'explorer cette portion de côte à son rythme.
Le trajet fonctionne aussi bien dans l'autre sens : lever tôt à Saranda, ferry vers 6 ou 7 heures, et une quinzaine d'heures pour explorer Corfou avant de rentrer le soir même. Un aller-retour qui se glisse facilement dans un séjour, sans bouleverser le programme.
L'écart de prix qui justifie le détour
Sur le papier, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Une semaine sur la riviera albanaise pour un couple, en gamme confortable, coûte à peu près ce que coûtent trois ou quatre jours à Corfou, soit une économie qui atteint généralement entre 1500 et 2500 euros pour deux personnes sur un séjour de deux semaines. La comparaison tient d'autant plus que la Grèce est devenue chère dans les îles Ioniennes qui se comparent le plus directement à la riviera albanaise, avec Corfou, Zante et Céphalonie facturées en haute saison au niveau de l'Italie ou de l'Espagne.
Côté assiette, l'écart se creuse aussi. À Himara, un dîner de fruits de mer à 12 euros utilise le même poisson ionien que l'on paierait 30 euros de l'autre côté de l'eau, à Corfou. Même mer, même pêche, prix divisé par deux et demi. Pour l'hébergement, la fourchette moyenne se situe entre 5 et 15 euros pour un repas au restaurant contre 20 à 40 euros dans les destinations grecques comparables, et les bons hôtels tournent autour de 40 à 80 euros la nuit contre 100 à 200 euros sur les îles grecques.
La fréquentation raconte la même histoire en creux. Corfou accueille plus de trois millions de touristes par an pour une population permanente de 100 000 habitants, quand la riviera albanaise reste, à l'échelle méditerranéenne, un espace où l'on respire encore. J'ai toujours trouvé cette proportion vertigineuse : trente touristes pour un habitant, l'été, sur une île qui n'a pas été conçue pour ça.
Ksamil, Dhërmi, Himara : trois visages, un même littoral
La riviera n'est pas monolithique. Elle s'étire sur environ 120 kilomètres entre Vlora et Saranda, et chaque village y cultive son identité. Ksamil séduit par son sable fin et ses îlots accessibles à la nage ou en barque, mais se remplit vite : dès dix heures du matin en pleine saison, la plage affiche complet. Plus au nord, Dhërmi et Himara jouent une autre partition, plus rocailleuse : la majeure partie du littoral, Dhermi, Borsh, Llamani, Gjipe, est faite de galets blancs, avec une eau froide et limpide qui impose des chaussures d'eau sous peine d'une marche lente et douloureuse jusqu'au bord.
Le tunnel de Llogara, achevé en 2023, a changé la donne logistique : il a réduit de 23 minutes l'ancien col de montagne à sensations fortes et raccourci le trajet depuis Tirana, rendant la partie nord de la riviera beaucoup plus accessible qu'il y a encore quelques années.
Le revers, à ne pas ignorer
Tout n'est pas idyllique pour autant, et l'honnêteté commande de le dire. Les prix grimpent vite : la riviera albanaise a connu des hausses de 30 à 50% depuis 2023, portées par la croissance rapide du tourisme, et l'hébergement en haute saison a doublé depuis 2021. Ksamil et Saranda, précisément les étapes les plus visitées depuis Corfou, sont les premières touchées. L'économie reste par ailleurs largement fondée sur le cash, les distributeurs tombent parfois en panne loin des centres, et la variété de plages n'a rien à voir avec celle des dizaines d'îles grecques.
Reste que l'équation demeure favorable, et pour longtemps encore si l'on en croit les projections de croissance touristique. Un dernier repère utile pour organiser sa traversée : réserver son billet de ferry à l'avance fait souvent baisser la note de moitié, les tarifs de dernière minute au guichet du port grimpant nettement plus vite que ceux achetés en ligne quelques semaines avant le départ.
Sources : ferryguide.fr | mcvperformance.fr