Qu’est-ce que le deuil pathologique ?

Quand un deuil dure plus d’un an chez un adulte, on parle alors de deuil pathologique ou compliqué. Comment reconnaître le deuil pathologique ? Quand faut-il consulter ? Quels sont les traitements possibles ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur le deuil pathologique.

Par Alexandra Tinois
Deuil Pathologique
© iStock

Qu'est-ce que le deuil pathologique ?

Le deuil pathologique est en fait un deuil classique mais plus grave. Il se caractérise par une réaction très forte et surtout plus longue à la perte d'un être cher. Cela est bien plus fort que la tristesse et la douleur normalement ressenties lors du deuil.

Lors d'un deuil pathologique, les émotions ressenties sont très négatives. Elles finissent pas envahir votre vie et ce excessivement et sur le long terme. Cela peut donc créer une détresse importante et de la difficulté à effectuer vos activités quotidiennes.

Le deuil pathologique est plus long qu'un deuil normal et il est possible de voir apparaître des troubles psychiques, psychiatriques et/ou réactionnels (troubles anxieux ou de l'humeur, le plus souvent).

Quelle est la différence avec un deuil compliqué ?

Il existe des différences entre un deuil compliqué et un deuil pathologique. Si les deux cas entraînent des émotions intenses en réponse à la perte, le deuil compliqué est encore vu comme une réaction normale à la perte bien qu'il s'agisse d'une réaction longue et intense.

Le deuil compliqué dure dans le temps, il peut dépasser les 12 mois d'assimilation mesurés par les psychologues concernant la période de deuil. Cela peut occasionner des souvenirs brutalement intrusifs ou encore un très intense chagrin aux dates anniversaires ou lorsque des souvenirs de la personne sont évoqués, notamment. Le deuil compliqué peut engendrer un état dépressif au fort impact sur la vie professionnelle ou sur les relations sociales et familiales de la personne.

À noter :
10 à 20% des veufs et veuves sont touché.es par une dépression un an et plus après la mort de leur compagnon ou compagne.

Le deuil pathologique se manifeste par des symptômes plus graves comme des pensées obsessionnelles sur la personne décédée, une incapacité à reprendre une vie normale, un isolement social extrême voire même des idées suicidaires. La personne peut entrer dans une dépression particulièrement violente et souffrir d'anxiété, montrer des signes de stress post-traumatique, délirer ou avoir des hallucinations de la personne décédée.

Des symptômes physiques peuvent également apparaître comme des ulcères, des tumeurs et des cancers, des addictions (alcool, drogues), des comportements à risques voire même des tentatives de suicide. Parfois, des troubles similaires à ceux du défunt peuvent apparaître. Cette somatisation peut être fatale, dans certains cas.

Est-ce reconnu par le corps médical ?

Le corps médical tout comme la communauté psychiatrique considèrent le deuil pathologique comme une condition de santé mentale. Il peut être désigné par différents termes comme le « trouble de deuil complexe » ou le « deuil prolongé ».

Certaines classifications diagnostiques comme le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) et la Classification internationale des maladies (CIM-10 et CIM-11) comprennent des critères qui permettent de diagnostiquer le deuil pathologique.

Qu'est-ce qui cause le deuil pathologique ?

Plusieurs causes peuvent être à l'origine du deuil pathologique. Cela peut être différent d'une personne à une autre selon leur histoire, les liens affectifs avec la personne défunte ou encore leur capacité à faire face à la perte d'un être cher.

Si la mort a été violente, soudaine ou particulièrement traumatisante (accident, suicide ou meurtre) alors cela peut plus facilement entraîner un deuil pathologique. Après un décès brutal, le choc et la confusion peuvent rendre plus difficile le processus du deuil. Les personnes confrontées à une mort violente de l'un de leurs proches peuvent alors éprouver des difficultés à accepter la réalité.

La relation entre la personne en deuil et la personne décédée peut aussi avoir des conséquences. De ce fait, la perte d'un parent, surtout si on entretenait des liens affectifs très forts avec cette personne, peut véritablement être douloureuse et entraîner des sentiments complexes en lien avec un manque de soutien, de sécurité et de repères familiaux.

Perdre l'un de ses grands-parents peut aussi être particulièrement difficile. Cela peut créer des sentiments de tristesse et de nostalgie mais aussi vous faire vous poser des questions sur le vieillissement ou la mortalité.

Enfin, les personnes qui ont des antécédents de troubles de santé mentale (anxiété, dépression) sont aussi plus susceptibles de vivre un deuil pathologique. De plus, manquer de soutien social et de ressources pour surmonter un deuil, l'isolement ou l'absence de réseau de soutien peut faire que le deuil pathologique se présente.

Reconnaître le deuil pathologique chez soi ou chez un proche

Il peut être compliqué de reconnaître le deuil pathologique chez l'un de ses proches ou chez soi. En effet, les réactions au deuil peuvent être différentes d'une personne à l'autre. Toutefois, il y a certains signes et symptômes que vous pouvez reconnaître. Attention, même si ces symptômes sont présents, cela ne signifiera pas forcément que quelqu'un souffre de deuil pathologique. Toutefois, cela peut montrer que la personne a besoin d'un soutien professionnel.

Si vous voulez reconnaître le deuil pathologique, voici quelques éléments à prendre en compte :

  • la durée prolongée de la souffrance : certes, le deuil prend du temps, mais une souffrance vraiment intense et qui dure plusieurs moins voire même des années peut indiquer un deuil pathologique,
  • un isolement social : si la personne se retire des activités sociales, s'éloigne de ses amis ou de sa famille, cela peut montrer qu'il y a un problème,
  • une préoccupation excessive : cela peut passer par une obsession perpétuelle pour la personne décédée, des pensées intrusives ou l'incapacité à penser à autre chose,
  • une altération du fonctionnement quotidien : lorsque le deuil vous empêche de faire des tâches quotidiennes comme aller au travail, à l'école ou encore votre entretien personnel, cela peut indiquer un deuil pathologique,
  • des effets physiques du deuil sur le corps comme des troubles du sommeil, une perte ou un gain de poids important, des maux de tête fréquents, des douleurs corporelles sans explication ou même une fatigue persistante.

On peut également parler de l'apparition d'états anxieux, d'accès mélancoliques, d'épisodes maniaques ou de décompensation névrotique. Il n'est pas nécessaire que l'ensemble des signes évoqués soient présents pour qu'on parle d'un deuil pathologique.

Comment traiter le deuil pathologique ?

Le deuil pathologique peut être très compliqué à gérer mais des traitements efficaces peuvent être mis en place pour aider les personnes à faire face à cette épreuve. Les traitements principaux comprennent des séances de psychothérapie ou la prescription de médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques, quand nécessaire.

La psychothérapie

La thérapie de deuil peut être mise en place pour aider les personnes souffrant d'un deuil pathologique. Les thérapeutes tentent d'aider les patients à découvrir leurs émotions, leurs pensées et leurs réactions face au deuil. Cela peut permettre d'identifier et de résoudre les divers obstacles émotionnels qui empêchent la progression naturelle du processus de deuil.

La Thérapie cognitive-comportementale ou TCC peut aussi aider les personnes souffrant de deuil pathologique à identifier ces schémas de pensées négatifs ou irréalistes et à les modifier.

Il est également possible de participer à des groupes de soutien dirigés par un thérapeute ou à des groupes de pairs vivant des expériences semblables. Cela peut aider une personne en deuil pathologique à se sentir comprise et à réaliser qu'elle n'est pas seule.

Des antidépresseurs ou des anxiolytiques

Il est possible de se voir prescrire des antidépresseurs, comme des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ou ISRS) lorsque le deuil pathologique est accompagné de symptômes de dépression sévère. Les médicaments servent alors à réguler les niveaux de neurotransmetteurs dans le cerveau, ce qui permet de soulager les symptômes dépressifs.

Les anxiolytiques, comme les benzodiazépines, sont, eux, utilisés pour réduire l'anxiété sévère qui peut être associée au deuil pathologique. Toutefois, ils ne sont prescrits que sur le court terme car ils présentent un risque de dépendance.

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