Quelque 32 000 hectares parcourus par les flammes depuis le début de l'année, soit davantage que toute la saison 2025 : le bilan, provisoire, avancé lundi par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, résume l'été que traverse la France. De l'Aude aux Pyrénées-Orientales jusqu'à la forêt de Fontainebleau, où 800 pompiers ont lutté 48 heures pour fixer deux incendies, les soldats du feu enchaînent les interventions dans des conditions éprouvantes, sous une troisième vague de chaleur.
Sur les routes du Sud, un détail attire l'œil depuis une dizaine de jours. Un ruban rouge noué au rétroviseur, parfois un foulard de féria, parfois un simple morceau de tissu. D'abord aperçu dans l'Hérault, le phénomène a gagné l'Aude et remonte désormais vers le reste du pays. Derrière ce geste minuscule, une histoire très contemporaine : celle d'une mobilisation partie d'une page Facebook locale.
Ruban rouge accroché au rétroviseur : Facebook à l'origine
L'initiative n'a rien d'officiel, et son point de départ exact reste difficile à documenter. Selon les publications consultées, l'opération serait née début juillet sur la page Facebook Kazaa Infos Radars, un compte héraultais suivi pour ses informations routières et ses signalements de contrôles. La page aurait lancé l'appel après plusieurs jours d'incendies particulièrement intenses dans le département, notamment autour du feu de Carlencas, près de Bédarieux. Le principe : accrocher un ruban, un tissu ou un foulard rouge au rétroviseur, intérieur ou extérieur, voire à l'antenne, pour remercier « ces soldats qui luttent contre ces feux au péril de leur vie », écrit la page.
Le choix du foulard de féria ne doit rien au hasard. Dans l'Hérault comme dans l'Aude, ce carré de tissu rouge appartient au patrimoine des fêtes de l'été. Le détourner en hommage aux pompiers, c'est parler la langue du territoire.
Les réseaux sociaux ont fait le reste
La suite tient de la mécanique virale classique. Photos de rétroviseurs partagées par centaines, publications relayées de groupe en groupe, puis reprise par la presse : franceinfo, La Voix du Nord et L'Indépendant s'en font l'écho à la mi-juillet. Sur les images publiées, on repère aussi des bus de ville et des véhicules d'entreprise parés de rouge. Selon L'Indépendant, le mouvement aurait pris une ampleur nouvelle après le décès d'un sapeur-pompier en intervention en Savoie, transformant le clin d'œil solidaire en geste de deuil collectif.
Le succès a d'ailleurs dépassé les intentions initiales. Dans la foulée des rubans, de nombreux participants se sont rendus aux points de ralliement en amont des feux pour offrir boissons et nourriture aux équipes. Au point que l'appel a dû être retiré : les pompiers croulaient sous les dons et redoutaient le gaspillage, expliquent les organisateurs, qui invitent désormais ceux qui souhaitent témoigner leur soutien à faire un don sur le site des Sapeurs Pompiers de France.
Un symbole pour un été qui ne fait que commencer
Aucune institution ne pilote ce mouvement, aucun compteur officiel ne mesure son ampleur, et rien ne garantit qu'il survivra à l'actualité qui l'a fait naître. Sa valeur est ailleurs. Dans un pays où l'automobiliste est plus souvent sommé de se justifier que de s'exprimer, voir des milliers de conducteurs transformer leur rétroviseur en support de gratitude a quelque chose de singulier.
Les premiers concernés, eux, ont répondu. Les modérateurs de la page rapportent avoir reçu des messages de pompiers touchés par ces tissus rouges croisés sur la route, entre deux interventions. À l'heure où la saison estivale débute à peine et où le pire reste possible, c'est peut-être ce qui compte : que ceux qui repartent au feu sachent, en un coup d'œil dans le trafic, qu'ils ont toute une population derrière eux.

